Faut-il préparer les jeunes à un métier… ou à en changer plusieurs fois ?

Education
18.09.2025

Et si l’école ne devait pas préparer les enfants à un métier, mais à en changer plusieurs fois au cours de leur vie ?

C’est en tout cas une question essentielle que soulève une récente déclaration d’Élisabeth Borne :
« Il faut se préparer très jeune, dès la maternelle, à réfléchir à la façon dont on se projette dans une formation et un métier. »

Cette phrase a rapidement suscité de vives réactions. Face à la polémique, la ministre a précisé qu’il ne s’agissait pas d’encourager une orientation précoce, mais plutôt d’ouvrir le champ des possibles. Pourtant, cette déclaration met en lumière une tension bien réelle dans notre système éducatif :

  • L’école prépare-t-elle à comprendre le monde ou simplement à s’insérer dans une case prédéfinie ?

  • À 17 ans, les élèves font-ils un choix éclairé via Parcoursup… ou se soumettent-ils à un système de tri impersonnel ?

Chaque année, ce sont plus d’un million de lycéens qui passent par cette plateforme. Pourtant, près de 200 000 se réorientent dès la première année. Cela pose une question centrale : pourquoi leur fait-on croire qu’il faut choisir dès maintenant… et pour toute la vie ?

Or, deux données majeures remettent en cause cette logique :

1. Les métiers d’aujourd’hui ne seront pas ceux de demain.
Selon l’OCDE, 65 % des élèves actuels exerceront un métier qui n’existe pas encore. Le Bureau International du Travail estime même qu’ils occuperont entre 8 et 12 emplois différents au cours de leur vie. Pourtant, ces nouveaux métiers restent largement absents des référentiels scolaires.

2. Les jeunes ont leurs propres aspirations.
Près de la moitié veulent être indépendants. Une majorité espère une vie meilleure que celle de leurs parents, même si elle s’inquiète pour l’avenir, notamment à cause du climat.

En parallèle, les indicateurs sur le bien-être scolaire en France sont alarmants :

  • 62ᵉ sur 65 pays pour la confiance des élèves en leurs capacités

  • 62ᵉ pour le niveau de stress

  • 49ᵉ pour la collaboration

  • 58ᵉ pour le sentiment de contrôle sur la réussite

Peut-on réellement parler d’orientation éclairée dans un système où l’estime de soi est si peu valorisée ?

Dès 2018, le rapport Education 2030 de l’OCDE soulignait déjà ce besoin :
« Les compétences enseignées aujourd’hui ne suffisent pas pour s’adapter au monde de demain. Il faut des compétences humaines au programme. »

Plutôt que de former les élèves à se projeter dans un métier figé, l’école devrait leur permettre de construire leur propre chemin. Les préparer à devenir des adultes confiants, résilients, capables de penser, de choisir, et d’évoluer dans un monde incertain.

En somme : l’école doit éduquer à croire en soi. Pas à cocher une case trop tôt, dans un système qui ignore encore trop souvent les aspirations profondes des jeunes

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