Nos enfants ne grandissent plus seuls. Ils grandissent avec l’algorithme
La série « Adolescence » n’a rien révélé qu’on ne soupçonnait déjà. Mais elle met en lumière une vérité essentielle que bien des parents ignorent encore : cela peut tous nous arriver. Même en étant vigilants. Même en ayant fait “tout comme il faut”.
Aujourd’hui, les jeunes ne grandissent plus dans leur chambre, mais dans un flux constant de contenus sélectionnés par des algorithmes. Des contenus qui modèlent leur vision du monde, leur rapport à eux-mêmes, aux autres, à la sexualité, à la violence, à la norme.
Ce que les algorithmes apprennent à nos enfants
À nos filles : la beauté… puis la punition
Instagram, Snapchat, TikTok… Autant de plateformes qui influencent massivement l’image de soi des adolescentes.
Comme le montre le documentaire d’Elisa Jadot, « Emprise numérique, 5 femmes contre les Big 5 », les algorithmes apprennent à nos filles qu’il faut être belle, désirable, parfaite. Et si elles échouent à l’être ? Elles sont invitées à se restreindre, à se corriger, à se punir.
Les chiffres sont glaçants : +46 % d’hospitalisations pour automutilation ou tentative de suicide chez les 15–19 ans ces dernières années.
À nos garçons : la domination comme norme
De leur côté, les garçons sont exposés à des modèles virils extrêmes.
TikTok et YouTube regorgent de tutos pour « draguer comme un homme », « avoir des abdos en 30 jours », ou « devenir un alpha ».
Cette virilité toxique est non seulement promue, mais récompensée par les algorithmes. Les contenus misogynes, violents, performatifs montent plus facilement dans les fils d’actualité. Et les mentalités s’en trouvent influencées, voire radicalisées.
Le vrai danger : penser que « pas mon enfant »
Malgré les signaux d’alerte, la réaction est souvent la même :
“Chez moi, ça va.”
“Il sait faire la différence.”
“Ma fille est intelligente.”
Mais Jamie Miller, le personnage de la série « Adolescence », lui aussi savait faire la différence. Jusqu’au jour où il ne savait plus.
Les croyances sexistes se propagent en ligne, insidieusement.
Ce que disent les chiffres (et qu’on oublie trop vite)
Le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes alerte depuis des années. Ses rapports annuels tirent la sonnette d’alarme. On les lit, on commente… puis on oublie.
Et pourtant :
-
25 % des adolescents pensent que certaines filles aiment être forcées.
-
23 % estiment qu’il faut parfois être violent pour se faire respecter.
-
64 % affirment imiter des contenus misogynes et violents dans leurs relations sexuelles.
Ces chiffres ne viennent pas d’un autre pays. Ce sont ceux de la jeunesse française.
Non, nos fils ne sont pas sexistes « par nature »
Ils ne naissent pas sexistes. Ils le deviennent, modelés par des centaines d’heures de vidéos, de commentaires, de likes.
Des réseaux qui valorisent la domination, la toute-puissance, la virilité brutale, et qui invisibilisent l’égalité, la nuance, le respect.
L’accès à la pornographie violente est désormais la norme pour 1 garçon sur 3 dès 12 ans.
Et YouTube est devenu, selon le HCE, un espace saturé de machisme ordinaire.
Alors que faire ?
1. Apprendre à reconnaître et dompter l’algorithme
Comprendre ce qu’est une bulle algorithmique, comment elle fonctionne, comment en sortir : c’est une compétence vitale aujourd’hui.
2. Entrer dans leur monde numérique
Pas pour tout surveiller. Mais pour observer. Discuter. Comprendre. Et être présents, vraiment.
Les enfants ont besoin de repères. Et aujourd’hui, ils les cherchent souvent dans des endroits qui ne sont pas faits pour les guider.
3. Parler de sexualité
85 % des élèves ne reçoivent aucune éducation à la sexualité digne de ce nom.
Ce silence laisse le champ libre aux pires influences en ligne.
4. Retarder l’accès aux réseaux
Interdire les réseaux sociaux avant 15 ans ne résoudra pas tout.
Mais cela peut offrir quelques années supplémentaires de construction sans pression algorithmique. Et ça compte.
Ce n’est pas une question de mauvais parents
Ce n’est pas une affaire d’individus défaillants. C’est un enjeu collectif. Une question de société. Et une urgence éducative.
Il est temps de regarder en face ce que font les plateformes. Ce que nous laissons faire. Et de prendre nos responsabilités.



0 commentaires