Teen Washing : quand les géants du numérique prétendent protéger les adolescents
Nous avons connu le greenwashing, le women washing… Aujourd’hui, place au teen washing.
Depuis quelques semaines, Meta (la maison mère d’Instagram et Facebook) multiplie les campagnes de communication en se positionnant en « bon élève du numérique ».
Affichages dans les gares, encarts dans les journaux, newsletters rassurantes… L’entreprise martèle un message clair : elle protège les adolescents.
À la télévision comme dans les boîtes mail, on peut lire :
« Un message d’Instagram : Les parents dans l’UE sont pour l’accord parental. En savoir plus. »
En cliquant, on découvre une belle vitrine : vérification d’âge, protection des jeunes, engagement pour des normes adaptées aux mineurs.
Mais derrière cette façade rassurante, la réalité est tout autre.
Meta visée par de nombreuses enquêtes
En 2024, l’Union Européenne a ouvert une enquête officielle.
Meta est accusé d’avoir, via un partenariat publicitaire secret avec Google (révélé par le Financial Times), ciblé intentionnellement des enfants de 13 à 17 ans — en contradiction avec les règles sur le respect de la vie privée des mineurs.
Aux États-Unis, 41 États ont lancé des poursuites contre Meta, l’accusant d’avoir mis en danger la santé mentale des jeunes, sciemment, via des pratiques de conception addictive.
Dans le documentaire Emprise numérique : cinq femmes contre les Big Five, la journaliste Elisa Jadot montre à quel point les algorithmes d’Instagram exposent rapidement les jeunes à des contenus de scarification, de haine ou encore à des formes de prédation sexuelle.
Ce que Meta vend comme une protection est en réalité une stratégie de communication bien rodée, qui évite soigneusement la remise en question de son fonctionnement algorithmique.
Des adolescents exposés à des risques majeurs
Selon le dernier rapport du BSI (Baromètre sur la santé mentale des jeunes) :
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29 % des 16-21 ans ont partagé leur géolocalisation avec un inconnu
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40 % ont déjà créé un faux compte
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47 % préféreraient vivre sans Internet
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1 jeune sur 2 demande de l’aide pour rester en sécurité en ligne
Ces chiffres traduisent une détresse réelle.
Les adolescents ne vivent plus « avec » les réseaux sociaux, ils y vivent entièrement.
Ils y construisent leur identité, leur estime de soi, leurs relations.
Et chez les filles, l’impact est encore plus alarmant :
Une adolescente sur quatre au collège ou au lycée déclare avoir déjà eu envie de mourir.
Les cas d’automutilation, d’anxiété aiguë et de dépression explosent.
Et les contenus proposés par les plateformes ne les soutiennent pas. Ils leur renvoient une image irréaliste, inaccessible, étouffante.
Des réponses politiques timides, face à un problème systémique
Face à l’ampleur de la crise, l’Europe commence à réagir :
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Un débat est en cours pour instaurer une « majorité numérique » à 15 ans
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Des mesures visant à bloquer les mécanismes d’addiction des plateformes sont à l’étude
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L’idée d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans progresse
Mais attention : si les plateformes dictent le débat, délèguent la responsabilité à Apple ou Google via la vérification d’âge, et refusent de modifier leurs algorithmes, les résultats seront limités.
Ce n’est pas une bataille contre la technologie.
C’est une lutte pour la santé mentale des enfants et des adolescents.
Nous devons désarmer les systèmes qui les abîment, imposer une régulation réelle, et replacer l’éthique au cœur du numérique.
C’est une responsabilité collective.
Et un devoir envers toute une génération.



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